23/01/2014

Citadins engagés contre la déprime en ville…

Pollution, embouteillages, manque d’espaces verts, dépendance alimentaire, insécurité… les défis actuels auxquels les villes doivent faire face sont souvent nombreux. Parmi ceux-ci, on peut en citer un tout à fait majeur et dont on ne parle peut-être pas assez : la mauvaise humeur citadine. En effet, les dits « citadins » – en particulier dans les grandes villes - sont souvent assimilés à des individus égoïstes, stressés et souvent excédés par le moindre retard ou la moindre contradiction. Dans les transports publics, dans leurs voitures, au détour d’une rue ou à la terrasse d’un café, qui n’a pas croisé cet être « speedé » et bougon qui tente de survivre dans la terrible jungle urbaine.

Quelques jours après le Blue Monday du 20 janvier dernier – supposé être la journée la plus déprimante de l’année -, il était temps de partir à la recherche des petites initiatives d’ici et d’ailleurs qui viennent redonner le sourire à l’homo urbanus et retisser du lien entre les habitants des mégalopoles.

A Berlin, le dimanche c’est karaoké géant

art-Berlin-Bearpit-Karaoke-2-420x0.jpg1er stop à Berlin. Depuis 2009, Joe Hatchiban croit au pouvoir de la chanson et, plus particulièrement, du karaoké en public, pour rendre les gens heureux et leur permettre de se retrouver le temps d’un concert improvisé. Ainsi, chaque week-end, il se rend dans l’un des parcs les plus célèbres de la capitale allemande, Mauerpark, et y installe, sur une place qui se transforme vite en véritable scène, enceintes et micros pour les apprentis chanteurs de la journée. Dès l’installation terminée, son plateau est rapidement pris d’assaut par les nombreux « volontaires » qui, le temps d’une chanson, viennent réaliser  leur rêve de pousser la chansonnette en public et de faire vibrer leurs fans comme les plus grands. Véritable institution désormais à Mauerpark, le « Bearpit Karaoke » offre ainsi chaque fin de semaine un spectacle unique sur scène et dans les gradins.

A Montréal, des « happenings » donnent des couleurs à la ville

L’expérience du karaoké en plein air, l’agence « Daily tous les jours » de Montréal, l’a aussi plébiscitée21-balancoires-qui-cree-de-la-musique.jpg dans le cadre des nombreuses initiatives qu’elle met en place pour changer le quotidien de la ville québécoise. En effet, cette agence multiplie les « happenings » pour transformer l’espace public pour le plus grand plaisir des Montréalais. Karaokés collectifs, bulles de silence, balançoires musicales dans les rues, radio géante jouant de la musique folklorique québécoise… ces réalisations qui combinent technologie, design et créativité, connaissent un véritable succès et donnent de vraies pistes de réflexion pour appréhender les lieux publics d’une autre manière.

Quand New York devient un grand terrain de jeu

0.jpgA quelques centaines de kilomètres au Nord, la bouillonnante cité new-yorkaise est aussi devenu le lieu d’expression d’un de ces citadins agitateurs de zygomatiques. Il s’agit de Charlie Todd et de son collectif « Improv’ Everywhere » (i.e « Améliorer partout »). Leur motivation : créer le chaos et la joie dans les espaces publics grâce à des performances surprises, impliquant des dizaines voire des centaines d’acteurs amateurs bénévoles. De Times Square à Grand Central Terminal en passant par les couloirs du métro new-yorkais, Charlie et son collectif font de Big Apple – et d’autres villes aux Etats-Unis - un incroyable terrain de jeu où ingéniosité, motivation et grand délire ont déjà permis de réaliser plus de 100 « actions terrains » depuis 2001. A leur tableau de chasse : un record de « high five » dans les escalators du métro, Times Square à l’envers ou encore un orchestre philarmonique en plein carrefour à la disposition de passants chefs d’orchestre.

Un peu d’amour dans ce monde de brut

0707-This-is-a-good-kiss-spot-1.jpgAlors oui, nos citadins veulent s’amuser… mais, pour être tout à fait heureux, ils veulent également être aimés. Et pour cela, notre dernier personnage, l’artiste italien 0707, a sa propre idée. Ainsi, afin d’aider nos amoureux transis ou ceux qui souhaiteraient déclarer leur flamme, il s’est rendu dans des dizaines de villes à travers le monde pour y dénicher les lieux les plus romantiques et les plus insolites pour y partager un baiser avec son être aimé. Après avoir identifié l’endroit, il y place simplement une plaque avec la mention « This is a good kiss spot ». Une alternative originale aux traditionnels bancs publics. Une idée géniale pour échapper, pour quelques instants, au tumulte de la ville .

 

Une belle manière en tout cas pour nous de boucler ce rapide périple à la rencontre des petites gouttes d’eau rafraichissantes qui adoucissent la vie en ville.

 

24/09/2013

La coloc’ intergénérationelle, un nouveau tube pour la rentrée ?

La rentrée de septembre est un moment particulier dans l'année. Période de pleine effervescence, elle ne revêt cependant pas la même signification selon les générations. Retour à l'école pour les plus petits, au travail pour leurs parents... chacun vit sa "rentrée des classes" à sa manière. Pour les étudiants et les personnes âgées, en particulier, cette période peut s'avérer quelque peu compliquée...

Une précarité "logement" grandissante chez les étudiants

Le mois de septembre est synonyme de marathon voire de galère pour les étudiants. Il faut préparer l’année à venir et, pour certains jeunes, réussir à trouver un logement loin de chez papa et maman. Depuis plusieurs années, avec la flambée des prix dans l’immobilier, l’exercice est devenu de plus en plus périlleux et pour de nombreux étudiants, la location d’un logement – ajouté au coût de la vie en général - est quasiment devenue mission impossible, sans l’obtention d’un petit boulot.

Solitude et dépendance... une situation difficile pour de nombreuses personnes âgées

En ce même mois de septembre, en revanche, on parle beaucoup moins des personnes âgées et de leur solitude. En effet, les grandes chaleurs de l’été paraissent bien loin, tout comme les discours des médias qui ont cessé depuis des semaines de nous parler de cette solidarité nécessaire envers les personnes âgées en période de canicule. Cependant, leur situation d’abandon est préoccupante, en particulier lorsque l’on tient compte du vieillissement en cours de la population. Ainsi, en France, 15 millions de personnes sont à la retraite et il n’existe aujourd’hui qu’1 million de places en maison de retraite pour les accueillir. Et même si seulement 30% d’entre eux seront réellement dans une situation de totale dépendance, que faire des 70% qui resteront chez eux, seuls ?

La colocation intergénérationnelle, un dispositif unique pour aider deux générations

Face à cette situation, Typhaine de Penfentenyo décide de mettre en œuvre un seul et unique projet susceptible de répondre à ces deux enjeux. Nous sommes en 2006 et elle lance Ensemble2Générations : une association proposant de mettre en colocation étudiants et personnes âgées. La création de ce système innovant naît de constats simples. Les personnes âgées disposent souvent dans leur appartement d’une chambre libre que celles-ci peuvent prêter. Les étudiants, eux, peuvent apporter une présence rassurante et gaie au sein de la colocation. En mettant en place, une colocation intergénérationnelle, Typhaine pense ainsi pouvoir répondre à trois défis sociétaux majeurs : la solitude des personnes âgées, la précarité des étudiants mais aussi la perte de liens intergénérationnels.

Sur la base de ces convictions, Typhaine passe rapidement à l’action et conçoit son modèle. Trois formules sont proposées : le logement gratuit avec engagement de présence le soir auprès du senior, le logement économique avec engagement de présence régulière et partage de tâches, et enfin le logement avec loyer sans aucun engagement de la part de l’étudiant. Quelle que soit la formule choisie, la durée de la colocation est d’une année scolaire, renouvelable bien entendu si nécessaire et souhaité.

Un système vertueux couronné de succès

En 7 ans, Typhaine et son équipe ont ainsi constitué plus de 900 binômes. Les témoignages sont unanimes : pour les étudiants cette année de colocation est un apprentissage de vie et une année privilégiée, 100% dédiée aux études sans soucis financiers - pour les seniors, c’est une année de compagnie joyeuse et rassurante. Face à ce succès, Typhaine de Penfentenyo et ses équipes ont conçu un kit de duplication permettant d'étendre le système à toute la France. On trouve ainsi aujourd'hui 15 antennes régionales dans le pays.

Et cette diffusion ne semble pas vouloir s'arrêter là. Le modèle, en effet, est en train de franchir les frontières. Ainsi, le 13 novembre 2012, Typhaine de Penfentenyo a reçu le premier prix de l’année européenne 2012, catégorie « Entrepreneurs sociaux ». Et paraît-il, une collaboration avec le Japon est également envisagée !

Alors, la coloc’, ça vous tente ?

Pour découvrir ce projet et sa fondatrice plus en détails, nous vous invitons à vous rendre sur notre site web, sur la page projet de Ensemble2Générations : http://bit.ly/157rkC2 - Au menu, vidéos, photos et interviews afin de tout voir et tout savoir !

 

03/09/2013

Amener l'éducation dans les bidonvilles ? De jeunes professeurs en herbe s'occupent de tout !

Ca y est la cloche retentit, c’est bien la fin des vacances et le retour à l’école ! Ah, cette fameuse rentrée des classes... Un moment toujours plein d’émotion pour nos petites têtes blondes et pour leurs parents. Nouvelle maîtresse, nouvelles matières, nouveaux camarades de classes, c’est tous les ans une nouvelle vie qui commence. En ce mardi matin, nous revivons donc un moment unique et paradoxalement considéré comme si naturel dans l’inconscient collectif : à chaque année, sa rentrée… On en oublierait presque que, malheureusement, tous les enfants n’ont pas la chance d’aller à l’école.

Dans le monde, des millions d'enfants non scolarisés

Un rapport de l’UNESCO de 2012 nous apprend ainsi qu’à travers le monde, 61 millions d’enfants en âge d’aller à l’école ne sont pas scolarisés. Le continent africain est de loin le plus touché avec 31 millions d’enfants concernés mais l’Asie doit également faire face à ce terrible problème, en particulier à l’Ouest et au Sud. Malgré de nombreux efforts, il reste, en effet, près de 13 millions d’enfants dans cette région qui n’accèdent toujours pas à l’éducation.

Au sein de cette zone asiatique, les Philippines sont l’un des pays les plus touchés, en particulier, à Manille, la capitale, où plus de 3 millions d’enfants (selon l’Unicef) ne vont pas à l’école. Ville tentaculaire et en pleine explosion, les familles venues s’installer à Manille subissent les méfaits d’une urbanisation incontrôlée où le travail est une denrée rare et où les bidonvilles ne cessent de s’étendre. Les familles vivent ainsi de revenus très modestes et doivent généralement mettre leurs progénitures à contribution  pour compléter le maigre revenu familial. Ramassage d’ordures, vente, cirage de chaussures, manche… toutes les techniques sont bonnes pour ramener quelques sous à la maison.

Ainsi, s’ils n’habitent jamais trop loin d’une école, ils sont souvent obligés de travailler pour aider leur famille. Confrontés à une dure réalité et privés d’éducation, bien souvent ces enfants dérapent, rejoignent des gangs et finissent tôt ou tard par se perdre.

L'histoire d'un enfant des bidonvilles secouru par l'éducation

Efren Penaflorida Junior connaît bien le problème. Il grandit dans un bidonville de Cavite City, en périphérie de Manille. Contrairement à d’autres enfants, il a la chance de pouvoir aller à l’école mais, victime de moqueries et de violences régulières du fait d’être issu des bidonvilles, il commence à fréquenter les gangs des rues et cesse petit à petit de se rendre aux cours.

Sa rencontre avec Kuya Bon (fondateur de l’association d’éducation des jeunes, Club 8586) lui fait heureusement changer de direction et reprendre ses études. Sauvé grâce à lui d’un avenir sombre, une idée commence à germer : puisque l’éducation est une clé incontournable pour éviter les gangs et s’en sortir, pourquoi ne pas amener l’école à ceux qui n’y ont pas accès ?

Dynamic Teen Company... pas besoin d'être adulte pour changer les choses !

C’est ainsi qu’il fonde, avec deux amis (Rezcel Alconcel and Jefferson Bernal), l’association Dynamic Teen Company. Nous sommes en 1997. Ils n’ont alors que 16 ans mais croient dur comme fer que les jeunes peuvent changer les choses sans forcément attendre que les adultes leur tendent la main. Ces derniers sont d’ailleurs sceptiques quant à l’initiative de ces « ados » qui n’y connaissent rien à l’éducation. Malgré ces réticences et d’innombrables moqueries, le groupe ne vacille pas et poursuit son projet coûte que coûte.

Dans des sacs à dos d’abord puis sur des tricycles et enfin dans des « karitons » ou  « pushcarts » (noms donnés aux charriots servant pour les ventes ambulantes aux Philippines), ils se rendent, chaque samedi, dans les bidonvilles, au milieu des décharges ou sur des terrains vagues, et improvisent une salle de classe sur une bâche posée à même le sol. Sur leurs charriots, ils transportent un tableau noir, des livres, des crayons, des feutres, des jeux, des médicaments et des plateaux repas qu’ils distribuent avant de quitter les lieux pour récompenser les élèves qui ont assisté aux cours, et motiver ainsi les autres à venir.

Des professeurs en herbe âgés de 6 à 18 ans

Les trois compagnons mobilisent rapidement une équipe de jeunes volontaires pour les aider à intervenir dans un maximum de bidonvilles. L’équipe s’étoffe rapidement. Des dizaines de jeunes âgés de 6 à 18 ans les rejoignent et viennent ainsi gonfler les rangs de ces professeurs en herbe.  De trois personnes, l’association passe progressivement à 200 volontaires annuels qui encadrent désormais, chaque samedi, près de 400 enfants répartis sur 4 sites.

Education civique, lecture, écriture mais aussi cours d’anglais et assistance aux premiers soins médicaux, le groupe enrichit petit à petit ses interventions auprès des enfants. Le but n’est évidemment pas de remplacer l’école mais de réussir à éveiller la curiosité de ces jeunes pour pouvoir favoriser des passerelles vers le système éducatif classique.

Une révolution pédagogique qui s'étend dans le pays et s'exporte

Malgré leurs nombreux succès, l’équipe de Dynamic Teen a pris le parti de limiter son action à la ville de Cavite, dont les membres sont issus. Néanmoins, face aux nombreuses demandes, ils ont mis en place des programmes de formation pour diffuser leur méthode pédagogique. C’est ainsi qu’aujourd’hui plus de 60 associations ont dupliqué leurs « pushcarts » à travers tout le pays. En mars 2012, une collaboration avec le ministère de l’Education était même envisagée pour donner au projet une dimension nationale. Sa première déclinaison à l’étranger a, elle, vu le jour en juin 2012 en Indonésie.

La valeur n’attend pas le nombre des années… Cette belle initiative valide totalement le vieil adage, grâce à la volonté sans borne de cette équipe d’adolescents engagés. On leur souhaite à eux aussi une très belle rentrée !


Pour découvrir ce projet et son fondateur plus en détails, nous vous invitons à vous rendre sur notre site web, sur la page projet de Dynamic Teen Company : http://bit.ly/18maTyv - Au menu, vidéos, photos et interviews afin de tout voir et tout savoir !